Beauty & Style

De notre rapport au corps

7 septembre 2018

Cet article me trotte dans la tête depuis un moment déjà, mais j’ai eu le déclic quand je vous ai demandé dans mes stories Instagram si un article sur le rapport au corps vous intéresserait. J’ai eu des dizaines et des dizaines de réponses, bien plus que d’habitude, presque toutes positives. Vous êtes assez nombreuses à m’avoir fait, par messages privés, des retours sur vos propres expériences, souvent douloureuses — vos complexes, vos doutes, vos culpabilités, vos cheminements. En connaissant tant de femmes magnifiques et merveilleuses, comment se fait-il que je n’en connaisse pas une seule qui se sente vraiment à l’aise dans son corps, vraiment bien dans sa peau ? Pourquoi, avec tout ce que j’ai d’incroyable dans ma vie, suis-je moi aussi en proie à des questionnements fréquents sur mon apparence ? Cet article est sans aucun doute le plus personnel de tous ceux que j’ai écrit jusqu’à présent. J’y aborde des questions générales comme celle du diktat de la minceur et de la jeunesse dans notre société ou celle du corps pendant et après la grossesse mais j’évoque aussi des aspects particulièrement délicats comme les troubles du comportement alimentaire (j’ai fait entre 50 et 80 kg pour 1,75m, je connais un peu…) et la notion du corps de l’enfant. J’espère que cela vous intéressera et permettra d’entamer une réflexion plus générale car j’ai très envie de connaître vos retours sur cette question du corps !

Minceur et jeunesse : un certain idéal de beauté

© Mario Testino pour Vogue Paris

Nous le savons tou.te.s, nous vivons dans une société dans laquelle les canons de beauté de la femme sont synonymes de minceur, fermeté et jeunesse. Les mannequins que l’on voit dans les publicités et les magazines sont grandes et minces. Elles sont jeunes, portent le plus souvent du 36, sont fines sans être squelettiques, n’ont de formes qu’à certains endroits bien spécifiques et ont la peau lisse et ferme. Aucune trace de bouton, pas de cicatrice, pas de cernes. Cette femme prétendument parfaite est souvent blanche et a le teint un peu halé, de ceux qui donnent bonne mine. C’est l’image de la beauté féminine que nous connaissons le mieux et c’est, j’en suis persuadée, l’un des plus grands obstacles aujourd’hui au bonheur de nombreuses femmes. Si vous ne connaissez pas encore cette vidéo TED Talks de la mannequin Cameron Russell (c’est elle que l’on voit sur les deux photos ci-dessus) sur cette image construite de perfection et sur la puissante des apparences, je vous invite vraiment à la regarder. Elle nous rappelle (ou nous apprend) que les mannequins aussi sont souvent mal dans leur peau et manquent de confiance en elles car elles doivent constamment faire attention à leur image

I’m insecure because I have to think about what I look like every day. And if you ever are wondering, « If I have thinner thighs and shinier hair, will I be happier? » you just need to meet a group of models, because they have the thinnest thighs, the shiniest hair and the coolest clothes, and they’re the most physically insecure women probably on the planet.

Plutôt que de célébrer la différence, notre société nos invite à nous conformer à un idéal de beauté pour beaucoup inaccessible. Et lorsqu’il est accessible et atteint, il est si difficile à maintenir ! Nous côtoyons au quotidien le diktat de la minceur et de la jeunesse. S’en libérer est possible mais requiert souvent du temps, de la maturité, et un entourage sacrément aimant.

Avez-vous remarqué que, dans certaines jolies boutiques de vêtements, seules les tailles 36 et 38 étaient exposées ? Vous faites un 40 ou un 42 ? Il faudra aller demander votre taille pour essayer la pièce. Vous faites un 44 ? Vous ne pourrez très certainement pas repartir avec quoi que ce soit dans ce magasin car les vêtements ne sont pas taillés pour vous. Et avez-vous remarqué que de plus en plus de marques avaient adopté la taille zéro ? Zéro. Rien, niet, nada, zéro. Comme s’il fallait disparaître pour atteindre le sacré graal, la plus petite taille du magasin. Ce nihilisme me fait peur, sûrement, parce qu’il me renvoie à mon expérience personnelle, celle d’une famille où l’on ne connait que trop bien l’anorexie et les troubles du comportement alimentaire.

Edit du 24 septembre 2018 :

Je me rends compte que je n’ai pas parlé du problème inverse, auquel on ne pense pas toujours mais qui peut créer tout autant de complexes. Avez-vous déjà entendu dire autour de vous qu’une vraie femme, ça a des formes ? Vous êtes-vous déjà demandé à quel point cela pouvait être marquant, blessant ou complexant,  pour une femme qui, de par sa physionomie ou ses choix, est très mince (ou a les fesses plates, peu de poitrine, etc.) ? Une vraie femme, c’est une femme qui existe et a un corps, quel qu’il soit ! Et il y a en face de vrais hommes et d’autres vraies femmes qui ont de vrais goûts, tous différents et tous valables de façon égale. Il serait peut-être temps de laisser le corps des autres tranquille, on vivrait tous bien plus heureux. Je profite de cet édit pour insérer ici un lien vers la chouette vidéo que Coline a publiée récemment (Aimer son corps et (surtout) laisser celui des autres tranquille). Je vous conseille vraiment de la regarder si vous ne l’avez pas déjà fait.

Gourmandise, adolescence et anorexie

J’ai toujours été gourmande et je crois qu’on me l’a toujours fait remarquer. Qui plus est, depuis que je suis petite, je prends du poids facilement. Je n’ai aucun souvenir d’un moment de mon enfance où je n’ai pas été pas au régime. J’ai grandi avec un sentiment de frustration et d’injustice quotidien. Je me suis construite malgré lui, ou plutôt avec lui. J’étais Sarah la goinfre. Obélix. Je mangeais souvent en cachette et l’idée d’une assiette entière de pâtes me mettait l’eau à la bouche. Adolescente, on m’a dit que les garçons aimaient les filles minces. Que la cellulite ne partait plus après un certain âge et qu’il ne fallait pas la laisser s’installer. Je ne connaissais pas d’autre vérité que celle-là. Je repense à tout cela aujourd’hui sans colère. Cela fait partie de mon histoire et j’ai beaucoup travaillé en thérapie pour accepter, pardonner et vivre avec ce passé avec lequel je me suis construite.

À 18 ans, il y avait ce garçon qui me plaisait. Ça commence souvent comme ça, avec un garçon, non ? Je pensais que, pour lui plaire, il fallait que je sois très mince, et j’ai commencé à perdre du poids. Un kilo, puis deux, puis trois. Puis douze. En seulement quatre mois. Je mesurais 1m75 et pesais une cinquantaine de kilos. Le garçon en question est devenu un pote mais je suis restée bloquée dans la fameuse « friend zone ». En revoyant les photos de cette époque, je trouve mon corps trop maigre et trop petit par rapport à ma tête. J’ai la mine fatiguée et je me trouve peu attirante. Je ne peux pourtant pas m’empêcher de ressentir une pointe de nostalgie, non pas pour mon corps tel qu’il était alors mais pour le sentiment de toute puissance que je ressentais : je ne me suis jamais sentie autant en contrôle que pendant ces quelques mois. Mais cette soif de contrôle m’a longtemps empêchée de me laisser vraiment aller et de profiter de la vie et de ses plaisirs. J’étais incapable de lâcher prise. Je contrôlais tout ce que je mangeais et je connaissais le nombre de calories de chaque aliment que je daignais avaler (et bien sûr de ceux que je m’interdisais).

C’est mon corps, mon allié de toujours, qui m’a rappelée à l’ordre, c’est lui qui m’a empêchée de sombrer plus avant. Alors que je prenais un bain, j’ai découvert avec effroi un soir sur mes jambes des lignes violacées. J’ai fait des analyses de sang et j’ai découvert par la suite de nombreuses carences, notamment une anémie prononcée. Je ne sais pas exactement de quoi ces lignes étaient le signe mais j’ai eu comme un déclic et j’ai mis fin à la spirale infernale. J’ai recommencé à manger de plus grosses quantités, lentement mais sûrement. J’ai arrêté de jeter la fin de mon assiette quand les gens avaient le dos tourné. J’ai réintroduit des aliments plus gras dans mon alimentation. Je me suis renseignée sur les différents apports des aliments que je mangeais, en tentant de ne pas trop penser aux fameuses calories, mais plutôt à la façon dont je nourrissais mon corps. Physiquement, je suis allée mieux assez vite, mais le problème mental m’a poursuivie pendant plusieurs années après cela. Je suis parfois tombée dans des petites crises de boulimie pour combler le vide que je ressentais parfois.

Vers mes 19 ans, le copain avec qui j’ai passé un an et demi a été adorable et très bienveillant avec moi. Ma confiance en moi était fragile mais je me sentais bien avec lui, aimée, et je lui en serais toujours reconnaissante. J’ai eu avec lui des bases saines pour construire une relation basée sur le respect et la tendresse mutuels. Puis la rencontre avec mon futur mari alors que nous avions tous les deux 20 ans m’a énormément aidée à prendre du recul. C’est quelqu’un de très positif qui adore la vie et tout ce qu’elle a à offrir. J’ai pleinement compris à ses côtés que manger et boire faisaient partie des plaisirs de la vie et que, si on restait raisonnable, si on écoutait son corps, tout se passait mieux. Il m’a toujours aimée pour ce que j’étais et je n’aurais jamais pu imaginer rencontrer quelqu’un d’aussi merveilleusement aimant et sain.

Mais on ne sort pas aussi facilement de la spirale destructrice de l’anorexie. Cela requiert un travail sur soi que notre entourage ne peut pas faire à notre place. Ce n’est qu’à 22 ans, l’année où j’ai passé l’agrégation d’anglais, que je me suis lancée dans une thérapie assez intense sur plusieurs mois, à raison de deux séances par semaine en moyenne. J’avais envie de saisir le problème à bras le corps (sans mauvais jeu de mot !) et de me libérer des démons de mon enfance. Cela fut incroyablement libérateur et je pense ne plus avoir de troubles du comportement alimentaire depuis. Je continue parfois de trouver du réconfort dans la nourriture pendant des périodes difficiles mais dans des mesures qui n’ont rien à voir avec ce que j’ai pu me faire subir auparavant. Je continue de tâtonner et mon rapport au corps reste parfois difficile. Je n’aime pas toujours ce que je vois dans le miroir mais j’essaye de faire preuve de bienveillance avec moi-même et de m’approprier les lignes changeantes de ce corps qui se transforme mais continue de m’accueillir, de m’entourer, de me protéger. Un corps qui vit, en somme. Je l’aime bien plus, ce corps, que je l’aimais quand il correspondait aux critères de beauté que je m’étais — et qu’on m’avait — fixés. J’aime notre nouvelle relation, cette plus grande bienveillance qui s’est installée.

La grossesse et l’après-grossesse : un nouveau rapport au corps

Porter notre petite Olivia, devenir sa maman, l’allaiter… La maternité a ouvert pour moi de nouveaux horizons dans mon rapport au corps. J’ai été et je reste très fière de ce corps qui a porté la vie et nous a donné une petite fille en parfaite santé. J’ai aimé voir mon ventre s’arrondir au fil des mois, je n’ai pas eu de souci à voir ma poitrine grossir, à découvrir des courbes nouvelles, plus voluptueuses. J’ai eu ce qu’on peut appeler une grossesse facile, et c’est vrai que cela m’a aussi aidée à bien la vivre. J’avais consacré tout un article à ma grossesse juste avant d’accoucher, vous pouvez le (re)lire juste ici. Je n’ai pas vraiment changé mon mode de vie ou les soins apportés à mon corps, qui ont toujours été plutôt basiques, si ce n’est que je me suis régulièrement massé le ventre avec de l’huile de coco (je ne sais pas si c’est cela qui a joué mais je n’ai pas eu de vergetures). J’ai aimé manger sainement, en pensant à ce petit être qui grandissait en moi. Je n’ai pas souffert plus que cela de ne pas boire d’alcool, même si le vin m’a parfois manqué. Malgré les désagréments et les douleurs, la naissance d’Olivia fut un moment magnifique car, la plupart des mamans vous le diront, ce qui reste de ces moments bouleversants, c’est surtout le souvenir de la rencontre tant attendue et de la chaleur de votre bébé contre vous.

Les premiers mois, j’ai un peu oublié mon corps de femme au profit de mon corps de maman. Je trouvais tellement superficiels les préoccupations que j’avais eue auparavant et tous ces complexes inutiles qui nous font obstacle. Et puis je me suis peu à peu réapproprié mon corps et à mesure que la fin de ma grossesse s’éloignait, qu’Olivia devenait plus autonome, il a fallu que j’accepte que mon apparence avait changé, probablement pour de bon. J’avais souvent lu ou entendu qu’il fallait 9 mois pour retrouver son corps de l’avant-grossesse mais je me suis faite à l’idée que je ne le retrouverai sûrement jamais vraiment. Et vous savez quoi ? Ce n’est pas très grave. Mon corps n’est pas aussi ferme qu’avant mais je le trouve bien plus fort. Il a su se remettre d’une épisiotomie,  me redonner un périnée de compète, produire des litres de lait, se lever pendant les nombreuses nuits courtes et difficiles et me donner la force d’assurer les lendemains. Il a pu porter encore et encore notre fille, la bercer du haut de ses trois kilos, puis quatre, puis cinq… Plus de neuf aujourd’hui. Il a pu reprendre le sport, se remuscler, lentement mais sûrement, m’emmener en voyage, me faire rêver, me faire aimer, me faire vibrer. Alors on se reconstruit et on apprend à vivre avec cette apparence légèrement différente et cette silhouette un peu nouvelle dans le miroir. Ce corps, c’est mon enveloppe, mon véhicule, mon vaisseau. C’est celui qui me transporte, celui que j’habite seule à nouveau. C’est le mien et, au fond, je l’aime bien. J’ai encore tendance à oublier de prendre soin de lui, je n’en prends pas toujours le temps, mais je suis bien décidée à l’accepter pour ce qu’il est, malgré les complexes persistants. Je m’amuse à remarquer que je n’ai pas plus de complexes aujourd’hui que quand je pesais 50 kg. Et puis il y a les compliments, les yeux amoureux de mon mari, ceux charmeurs d’autres hommes, le regard bienveillant de mes amies. Je pense qu’il est primordial après une naissance de s’accorder du temps, pour soi et pour son couple. Le sport fait beaucoup de bien je trouve. J’avais très largement ralenti le rythme de mes séances de sport mais je m’y remets maintenant régulièrement et je me sens pleinement vivante à chaque fois que mon corps travaille. Pourquoi ne pas également refaire un peu sa garde-robe si on en ressent le besoin pour se sentir bien, se trouver belle ! Les nouvelles lignes de nos corps de mamans, les nouvelles textures, les cicatrices éventuelles, font partie de nos histoires respectives et je trouve cela magnifique.

Le corps de l’enfant

Avec la naissance d’Olivia s’est aussi posée pour moi la question de son corps à elle. J’ai vraiment envie qu’elle ait un rapport aussi sain que possible avec son propre corps, malgré l’image oppressante que la société fait peser sur les femmes. Je m’étais toujours dit que je n’hésiterais pas à refaire une thérapie si j’avais une petite fille, pour ne pas reproduire ce que j’avais connu ou au contraire prendre le contre-pied et tomber dans l’autre extrême. Pendant les premiers mois d’Olivia, je n’en ai pas ressenti le besoin. Tout coulait de source, tout me semblait facile de ce côté-là. C’est finalement un autre problème personnel, le harcèlement moral et sexuel que j’ai subi dans mon travail, qui m’a poussée à aller voir une psychologue et j’ai profité — ou plutôt je profite — de cette deuxième thérapie pour parler d’autres sujets aussi. Pour l’instant je pense vraiment bien gérer la question de la nourriture avec Olivia, je n’ai jamais eu l’impression que mon passif familial et personnel influençait mes choix ou mon comportement. J’ai souvent dit à mon mari que s’il y avait quoi que ce soit qu’il trouvait étrange, il fallait qu’il me le dise pour que je puisse rectifier le tir.

Depuis que notre fille est née, je me suis tant de fois émerveillée du naturel avec lequel elle évolue dans et avec son corps. C’est tellement beau à voir, tellement simple. De plus, elle va vers les gens sans tenir compte de leur physique et elle n’a pas peur de la différence. L’une des petites filles avec qui elle est à la crèche est porteuse de la trisomie 21 mais cela n’a aucun impact sur la manière dont elle interagit avec elle. Cela m’émeut profondément. Mais le monde est dur et les jugements sur le physique sont nombreux. Peu après la naissance d’Olivia, je me suis vite rendue compte que les gens avaient tous un avis sur son physique et n’hésitait pas à le commenter, à le juger. « Dis donc, elle n’a pas beaucoup de cheveux » ; « Elle est toute fine votre fille » ; « Elle a des grosses joues, elle est costaud ! » ; « Les nouveaux-nés sont souvent moches mais elle c’est un beau bébé » ; « Elle a la tête un peu plate derrière, non ? » ; « Vous n’êtes pas déçus qu’elle ait les yeux marrons alors que vous avez tous les deux les yeux clairs ? » ; « Oh le gros bidon ! » ; « Oh mais qu’est-ce qu’elle mange, c’est une petite goinfre ! » ; « Qu’est-ce qu’elle est gracieuse ! » ; « Si vous l’habillez comme un garçon, ce n’est pas étonnant qu’on confonde », « c’est bizarre, elle n’a pas les petits bourrelets trop mignons des bébés ». Au fil des commentaires, parfois maladroits mais bienveillants, parfois sans gêne et presque méchants, j’ai compris beaucoup de choses. Peu importe ce à quoi on ressemble, les autres auront toujours une opinion et n’hésiteront pas à la donner. Ces jugements souvent contradictoires sur ma fille m’ont fait prendre conscience du fait qu’on ne plait jamais à tout le monde et que même un bébé sera jugé sur son apparence. Ma fille, du haut de ses 15 mois, a déjà entendu sous-entendre qu’elle était belle parce qu’elle était fine, que c’était une goinfre parce qu’elle aimait manger, que ses yeux sombres étaient moins beaux que des yeux clairs, qu’une fille devrait porter des vêtements de fille, que ses rondeurs n’étaient pas très gracieuses, qu’elle n’était pas assez potelée. Elle a entendu les parents d’autres petites filles dire de leurs enfants qu’elles étaient trop grosses et qu’il fallait freiner leur appétit. Les enfants sont des éponges, c’est bien connu, et je suis sûre que ces petits messages érodent peu à peu leur confiance en eux, notamment chez les petites filles.

Alors que faire pour l’installer, cette confiance en soi, au milieu de tout ça ? Je n’ai pas de réponse idéale mais voilà ce que mon mari et moi essayons de faire. Depuis sa naissance, on lui dit qu’elle est belle mais, plus souvent encore, on lui dit qu’on est fiers d’elle, qu’on la trouve incroyablement courageuse, qu’on adore sa joie de vivre, sa détermination et son énergie, que son empathie nous touche et que son humour nous enchante. On lui dit qu’elle est parfaite telle qu’elle est et que pour rien au monde on ne changerait quoi que ce soit chez elle. On lui dit, encore et encore, qu’on l’aime. Et puis il y a le modèle qu’on lui donne aussi. Toutes ces choses, on se les dit également l’un à l’autre, devant elle ou non, et on profite jour après jour de la vie et de ses plaisirs simples, sans parler de poids, d’apparence ou de régime. On ne sera jamais des parents parfaits, mais j’espère que nous aiderons notre fille à avoir confiance en elle.

J’aimerais par ailleurs qu’elle comprenne très vite que son corps lui appartient et qu’elle peut et doit dire non si quiconque fait quelque chose qui ne lui plait, y compris nous, ses parents. Son papa et moi avons vraiment à coeur de lui inculquer l’importance du consentement : quelqu’un ne peut toucher son corps, la chatouiller, lui faire des bisous, la porter, la laver, l’habiller, etc., que si elle y consent. Si elle dit non ou montre des signes physiques de refus, les adultes (ou les autres enfants d’ailleurs) ne doivent pas la forcer. Dès ses premiers jours, je décrivais souvent les soins que je lui apportais et je lui expliquais que son papa et moi avions la responsabilité de prendre soin d’elle et de son petit corps tant qu’elle n’était pas capable de le faire par elle-même. A 15 mois, elle commence à être consciente de son intimité, touche son corps, découvre son nombril, s’intéresse à sa vulve, qu’elle ne voit pas et qui l’intrigue beaucoup. Elle commence à se laver les mains toute seule et à frotter son ventre dans le bain. Comme elle a énormément de caractère et sait déjà parfaitement ce qu’elle veut ou ne veut pas, je trouve qu’elle nous fait déjà très bien comprendre quand quelque chose la dérange. Si elle n’est pas réceptive à nos chatouilles ou à nos bisous, on se met en retrait, on ne la force surtout pas sous prétexte qu’on a envie de ce moment de complicité avec elle. Par définition, la complicité se crée à deux, elle ne peut se faire à sens unique. Si elle ne veut pas faire de bisou à quelqu’un de la famille pour lui dire bonjour, on lui demande simplement de faire un coucou à la place. Son corps lui appartient. Mais le corps des autres leur appartient aussi et cela fait également partie des choses qu’on essaye de lui inculquer. Même si elle n’est pas contente, elle ne doit pas taper ou mordre les autres pour se faire comprendre ou se défendre par exemple. Si une autre personne ou un animal ne souhaite pas jouer avec elle ou se laisser câliner, elle doit respecter cela également. Elle est encore petite et ne comprend pas toujours mais ce n’est pas grave, on installe cela peu à peu. Concernant la question du corps de l’enfant, je vous invite à lire ce bel article de Céline sur son blog Maman du 21ème siècle.

Il me semble que tout cet apprentissage du consentement et de l’individualité passe également par le langage. Nous évitons par exemple d’utiliser le pronom « on » dans des cas où l’action va n’être faite que par Olivia ou va au contraire être faite par nous car elle ne peut pas encore être autonome. Plutôt que de dire « on va aller dormir » ou « on va changer la couche », nous essayons de dire « je t’emmène dans ton lit pour que tu puisses faire une petite sieste » ou « je vais changer ta couche ». Par ailleurs, même si elle ne parle pas encore, nous ne prenons pas la parole à sa place, pour répondre à une question par exemple. Si ma soeur lui demande « Est-ce que tu aimes la compote », on laisse Olivia répondre à sa manière (en ce moment elle fait souvent oui de la tête mais elle peut aussi montrer son bol, toucher son ventre ou juste sourire) plutôt que de dire à sa place « oh oui tatie, c’est super bon ! ».

Pour finir, nous essayons de transmettre à Olivia l’idée que son corps et elle sont forts. Notre fille a été souvent malade pendant sa première année de crèche. Elle a notamment enchaîné les grosses rhino-pharyngites et les otites. Mais je l’ai trouvé incroyablement courageuse. Elle a toujours gardé sa curiosité et sa joie de vivre. Je lui ai souvent dit que je la trouvais très forte. Par ailleurs, on a tendance je trouve à surprotéger nos enfants, peut-être plus encore quand ce sont des filles. L’image de la petite fille sage, innocente et fragile, ne permet pas il me semble de se construire de façon appropriée pour faire face au monde dans lequel nous vivons. Notre devoir de parents est selon moi de protéger nos enfants des dangers tout autant que de leur apprendre à y faire face. Et pour faire face, il faut passer par l’expérience, quitte à se confronter à la douleur, à la gène ou à la peur. Nous laissons souvent Olivia tomber par exemple (je parle bien sûr de petites chutes) et nous n’accourons pas vers elle pour la relever. Nous la laissons prendre conscience de ce qui s’est passé, de la douleur éventuelle. Nous n’agissons pas comme si ce qui s’était passé était très grave mais nous ne lui disons pas non plus que ce n’est pas grave, que ce n’est rien. Nous essayons juste de l’accompagner dans l’expérience qu’elle est en train de vivre. La plupart du temps, elle se relève d’elle-même et continue son activité comme s’il ne s’était rien passé. Lorsqu’elle pleure, souvent parce qu’elle a eu peur ou s’est fait mal, nous la réconfortons calmement. Nous lui proposons un câlin, mettons des mots sur ce qui s’est passé et nous lui demandons si elle veut retourner jouer. En général, les chagrins ne durent pas très longtemps.

Je ne sais pas si c’est la meilleure chose à faire mais c’est ce que mon instinct me dit de faire, conforté par les réflexions et les discussions que mon mari et moi avons pu avoir. J’aime beaucoup le message du TED Talk de Reshma Saujani : « Teach girls bravery, not perfection ». Il fonctionne à de nombreux niveaux et j’essayerai de m’en souvenir à l’avenir pour qu’il nous accompagne dans l’éducation d’Olivia. En parlant de femmes courageuses, j’ai très envie de commander les premiers numéros du magazine américain Bravery, destiné aux enfants de 4 à 9 ans. Chaque numéro met en lumière une femme forte et inspirante (Jane Goodall, Mae Jemison, Frida Kahlo et Temple Grandin, pour le moment).

Apprendre à se protéger

Tout cela est à mon sens extrêmement important pour inculquer à nos enfants l’importance de se sentir pleinement maître de son corps et confiant en soi et en ses capacités, tant intellectuelles que physiques. J’aimerais que ma fille puisse et sache dire non lorsque quelque chose ou quelqu’un s’immisce dans son intimité et que cela ne lui plait pas. J’espère contribuer avec son papa à faire d’elle quelqu’un qui s’affirme, sait ce qu’elle veut, ce qu’elle ne veut pas, et n’hésite pas à le dire. Il est primordial pour nous de lui donner le sens de l’intimité et de lui donner les clés pour la protéger et la respecter (qu’il s’agisse de la sienne ou de celle des autres).

Quant à moi, c’est tout récemment que j’ai appris avec le caractère pourtant bien trempé qui est le mien, que je pouvais et devais m’écouter et ne pas hésiter à dire non quand quelque chose ne me convenait pas. Ma seconde thérapie, celle que je suis en train de faire, m’apprend à me recentrer, à retrouver ma place, à de nombreux niveaux. Je l’ai commencée pour avoir le soutien d’un.e professionnel.le alors que je venais de subir 4 années et demie de harcèlement moral et sexuel dans le cadre de ma thèse dans une grande université française (je vous reparlerai peut-être un jour de cela, des conditions lamentables de protection des victimes au sein des universités françaises et du dossier que j’ai contribué à monter, qui inclut six autres témoignages contre le harceleur). J’ai mis plus de quatre ans à me libérer de l’emprise que cet homme avait eue sur moi et de la culpabilité qui l’accompagnait. Quatre longues années pendant lesquelles j’ai cru qu’il fallait que je tienne bon pour ne pas le laisser gagner, alors que c’est quand je l’ai enfin fui que j’ai réussi à me libérer. J’ai eu l’impression à ce moment là de reprendre progressivement possession de mes esprits mais aussi de mon corps. Ce dernier m’avait pourtant envoyé de nombreux signaux d’alerte pendant les années précédentes (malaises, bouffées de chaleur, petite dépression pendant ma première année de thèse, boule au ventre dès que je devais voir cet homme, insomnies les nuits qui précédaient nos rencontres, etc.) mais je les ai longtemps ignorés, certaine d’être assez forte pour traverser la tempête. « Il y a plus de raison dans ton corps que dans ta meilleure sagesse », écrivait Nietzsche dans Ainsi parlait ZarathoustraLe vrai courage ne fut pas de supporter ses affronts mois après mois, en serrant les dents et en sauvant la face. Ce fut de sortir de cette relation hiérarchique toxique pour de bon tout en témoignant des violences que j’avais subies — les caresses déplacées, les sous-entendus sexuels, les réflexions sur ma personne, les regards qui déshabillent, la perte de confiance en moi et en mes capacités intellectuelles.

Aujourd’hui j’apprends à me protéger et à protéger mon corps. J’ai parfois encore du mal à accepter les jugements positifs ou négatifs des gens sur mon physique, je ne sais parfois pas quoi répondre lorsque je suis mal à l’aise mais les choses changent, petit à petit. À l’abruti irrespectueux qui se colle à moi dans le métro, j’ose maintenant dire « Arrêtez de me coller, j’ai besoin d’espace ». À la vendeuse collante de Princesse Tam Tam qui me dit que le maillot me va très bien et que mon problème c’est que je n’ai pas encore accepté mon corps de maman, je réponds : « Vous dépassez les limites, vous n’êtes pas ma psy et vos remarques me mettent très mal à l’aise ».  Quand une vague connaissance qui ne connait rien de moi me fait remarquer que j’ai pris du poids et qu’il faut faire attention parce que ce n’est pas bon pour la santé (true story !), je lui dis que je m’en vais car je refuse d’entendre ces commentaires déplacés. J’aimerais que tout cela ne m’atteigne plus mais c’est encore difficile. Baby steps, comme on dit. J’ai parfois encore l’impression d’avoir un panneau « victime facile » au-dessus de la tête et je reviens parfois à cette image de moi qui mêle faiblesse et manque de confiance. Mais la certitude que mon corps est fort et beau, à sa manière, me permet toujours de revenir à l’essentiel : ce que moi je pense de ce corps et de ma personne, et ce qu’en pensent les quelques personnes bienveillantes que j’ai choisies comme repères.

« L’enfer, c’est les autres », disait Sartre. Mais, pour éclaircir son propos, il ajouta également : « les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes, pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Nous nous jugeons avec les moyens que les autres nous ont fournis. Quoi que je dise sur moi, quoi que je sente de moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Je veux dire que si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors en effet je suis en enfer. Il existe quantité de gens qui sont en enfer parce qu’ils dépendent du jugement d’autrui ».

De cela, je retiens deux choses dans le cadre de la thématique du corps : tout d’abord, je suis convaincue que nous serions tous plus heureux si nous nous libérions, même un peu, de l’image que la société ou les autres (certains autres, les « infernaux » !) nous renvoient et, par ailleurs, il est crucial à mon sens de s’entourer de personnes qui boostent notre estime de soi plutôt que de la saper. Quels que soient vos antécédents familiaux et personnels, vous pouvez choisir, dans une démarche active (et avec un peu d’aide, si besoin), de vous entourer de personnes qui vous aident à vous sentir bien dans vos baskets et de mettre les autres à (plus ou moins grande) distance. Une amie très proche me disait récemment qu’elle avait décidé de faire un break des réseaux sociaux car ce qu’elle y voyait fragilisait sa confiance en elle et elle se sentait bloquée dans la spirale nocive de la comparaison. J’ai trouvé cela génial et je ne pense pas qu’elle y ait perdu au change. Aux dernières nouvelles, elle s’en porte très bien ! De mon côté, la démarche a pris une forme un peu différente et a consisté à ne plus voir certaines soi-disant « copines », à me débarrasser du harceleur qui hantait ma vie et à mettre en place d’autres solutions, qui sont trop personnelles pour que je les partage ici. C’était pour moi les seules façons de me protéger et de vivre en étant même fière de la personne que j’étais.

Cela vaut ce que ça vaut et tout ne fonctionnera pas pour tout le monde, mais voici une liste de choses qui permettent, à mon sens, de gagner en confiance en soi et de se sentir mieux dans sa peau :

Manger sain tout en se faisant plaisir;
Faire une activité sportive régulière, même douce, comme la marche;
S’entourer de gens aimants et bienveillants;
Acheter des vêtements dans lesquels on se sent bien, qui mettent en valeur les choses que l’on préfère chez soi;
Prendre du temps pour soi;
Prendre du temps pour son couple;
S’approprier son visage sans maquillage;
Se maquiller un peu (ou beaucoup !) à d’autres moments, pour se sentir belle différemment;
Ne pas se peser trop souvent (personnellement je ne me pèse plus jamais);
Eviter les magazines, comptes instagram, blogs etc. qui nous sapent le moral;
Chercher au contraire des espaces qui glorifient la beauté sous plusieurs formes et nous inspirent;
Faire de temps en temps la liste sur ce qu’on aime dans notre vie, notre entourage, notre physique.

Merci mon corps

J’aimerais terminer cet article sur un petit exercice qui a été thérapeutique pour moi : dire merci à mon corps, que j’ai trop eu tendance à dénigrer et à faire souffrir. C’est plutôt libérateur donc je vous invite vraiment à vous prêter au jeu si vous en avez envie ou ressentez le besoin de faire la paix avec votre corps. L’idée m’est venue après avoir regardé cette jolie vidéo de Marion Seclin. Voilà ce que ça donne pour moi :

Merci mon corps d’être en bonne santé.
Merci de me permettre de me déplacer, de chanter, de danser.
Merci pour chacun de mes sens.
Merci de remplir ma vie de musique, merci pour tous ces goûts sur mes papilles, merci pour ces douces odeurs, familières ou inconnues. Merci pour les explosions de couleurs et les jeux de lumière.
Merci pour le désir, les frissons et les orgasmes.
Merci pour les pensées et les rêves, sans lesquels nous serions vides.
Merci d’avoir porté notre fille, de l’avoir protégée comme tu me protèges jour après jour, de l’avoir fait tienne jusqu’à ce qu’elle soit prête. Merci de l’avoir mise au monde. Merci de l’avoir nourrie pendant ses premiers mois.
Merci de remplir mes oreilles et mon coeur de son adorable petit rire, mes yeux de son sourire immense et de ses boucles blondes, mes narines de son odeur subtile.
Merci mon corps pour ta force, ta résistance, ta résilience.
Merci pour ta douceur, tes reliefs et tes vallons.
Merci, merci pour tout ! Et pardon pour le reste.

Et voilà, je m’arrête là. J’espère que cet article-fleuve sur le rapport au corps vous a plu, j’espère qu’il parlera à certain.e.s d’entre vous, qu’il en aidera même peut-être quelques un.e.s à prendre un peu de recul par rapport à ces différentes thématiques liées au corps. Je vois tant de femmes incroyablement belles et pleines de charme qui sont pourtant mal dans leur peau parce qu’elles complexent. Si seulement elles pouvaient se voir à travers mes yeux… Si seulement je pouvais me voir à travers les leurs ! Nous avons toutes nos complexes, quels que soient notre poids, notre taille, les tailles inscrites sur les vêtements que l’on porte, la texture de nos cheveux, l’écart entre nos cuisses, la fermeté de nos seins, la largeur de nos bras, les courbes de nos fesses… Je pense que nous avons besoin de plus de bienveillance, envers les autres et envers nous-mêmes. Ce serait libérateur pour tellement d’entre nous. Essayez de garder en tête cette idée de bienveillance la prochaine fois que vous vous regardez dans le miroir ou la prochaine fois que vous croisez dans la rue une femme à qui vous enviez telle ou telle chose. Le monde n’en sera que plus beau !

 

J’ai soulevé pas mal de sujets sensibles, certains encore un peu tabous, et cela n’a pas toujours été facile. J’aimerais beaucoup avoir vos retours sur cet article : commentaires, avis, encouragements, questions, retours d’expérience, conseils de lecture, etc. Merci d’avance pour le partage qui, je l’espère, nous permettra de poursuivre la réflexion !

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28 Comments

  • Reply anne 7 septembre 2018 at 09:48

    Quelle magnifique déclaration d’amour à ton corps… La maternité nous aide à porter un regard beaucoup plus bienveillant sur nous-mêmes, elle permet souvent la réconciliation avec ce corps que nous détestions tant avant. Et j’aime ce regard protecteur que tu portes déjà sur ta fille, elle a beaucoup de chance d’avoir des parents plein de bon sens et qui lui transmettent déjà une valeur essentielle : apprendre à s’aimer.

    • Reply Les Jolis Mondes 11 septembre 2018 at 11:16

      Merci beaucoup Anne pour ton commentaire, c’est adorable. J’espère que notre fille apprendra en effet à s’aimer telle qu’elle est, on va en tout cas tout faire pour. Eduquer des garçons dans ce monde très (trop) « genré » n’est pas facile non plus, c’est un vrai challenge. En tout cas la maternité peut en effet aider à faire la paix avec son corps, alors qu’on pourrait s’attendre à ce qu’elle nous apporte plus de complexes encore. Ce fut une belle surprise :)

  • Reply Bee 7 septembre 2018 at 10:20

    Superbe article, j’ai tout lu et c’est un des plus beaux de ce blog déjà riche en contenu !
    Bravo pour cette prise de parole émancipatrice !

    • Reply Les Jolis Mondes 11 septembre 2018 at 11:22

      Merciii ! Ça me touche vraiment beaucoup ♡

  • Reply Gigi 7 septembre 2018 at 10:51

    Merci pour ton témoignage qui m’a touché. Il y a toujours des personnes qui nous fassent des commentaires déplacés alors que l’on est déjà complexée en soi. De quoi se mêle t-on alors que l’on est bien dans notre peau avec nos « imperfections », on est parfaits :). Je suis d’accord avec toi, de faire savoir à ta fille que son corps l’appartient. Pour la petite histoire, ma fille qui a fait sa rentrée en 5è, elle était rentrée de chez son père (mon ex) avec ses jambes épilées ! Cela m’a beaucoup vexée… parce que je voulais l’entendre me dire un jour « maman, j’aimerai m’épiler pour x raisons ». Eh bien non ! Elle me dit que son père l’a épilé car c’est pour son bien, car on va se moquer d’elle de ses long poils au collège. Elle n’était vraiment pas complexé avec ses longs poils et n’a jamais été victime de moqueries de ses longs poils. Voilà, j’espère que son père ne va pas lui imposer le maquillage pour être comme ses minettes/mannequin à la mode !!! ça m’agace…. Ton article a été un rappel pour moi, à mes filles, un petit cours de « Ton corps t’appartient », les parents n’ont pas à lui dire de s’épiler si elle n’a pas envie, tant qu’elle soit présentable.

    • Reply Les Jolis Mondes 11 septembre 2018 at 11:28

      Un grand merci pour tes encouragements et pour le partage de cette expérience personnelle. Je comprends complètement ton agacement… Je pense qu’il ne faut pas hésiter à communiquer là-dessus avec ta fille, sans bien sûr dénigrer l’attitude de son père mais en lui faisant comprendre que ce n’est pas la seule façon de penser et qu’elle n’a pas à complexer de ne pas être épilée. Ce ne devrait pas être au papa d’imposer des choses sur l’apparence de sa fille. Il aurait pu en discuter avec elle, lui demander son avis, lui laisser faire ses choix. Peut-être qu’une discussion calme en aparté avec le papa s’impose aussi, non ? C’est tellement complexe… En tout cas je te souhaite bien du courage pour traverser la difficile période de l’adolescence, qui est il me semble celle où l’on a le plus besoin d’être rassuré.e sur son image.

  • Reply Jeanne 7 septembre 2018 at 11:16

    Merci pour ce bel article. Il est incroyablement bien écrit, je n’ai pas décroché une seule seconde.
    Comme tu le dis si bien, peu de femmes sont à l’aise avec leur corps ! « On peut faire mieux »…
    La grossesse est une sacrée étape, et effectivement l’accompagnement bienveillant du papa est primordial… associé à du sport naturellement (Et ça c’est indispensable même sans grossesse, pour le corps ET pour la tête).
    Ton article est très touchant, la thérapie est souvent tabou et je te remercie de dire sue tu en suis une alors que tu sembles si sereine et bien dans ta peau. Comme quoi on n’a pas besoin d’être au plus mal pour recevoir un peu d’aide. C’est mon cas aussi, pour TCA aussi, mais peu de personnes de mon entourage le sait.
    Donc encore une fois, merci :-)

    • Reply Les Jolis Mondes 11 septembre 2018 at 11:38

      Merci beaucoup Jeanne ! Je suis heureuse que l’article t’ait parlé. Pendant ma première thérapie, j’avais un peu honte d’en parler aux gens, même à certain.e.s ami.e.s. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui et je pense au contraire que libérer la parole sur ces sujets-là est important. Il y a encore tellement de préjugés associés à ce processus de thérapie… Je connais aussi beaucoup de gens qui la conseillent à d’autres sans accepter qu’ils en auraient besoin eux aussi, quelle ironie ! Je me sens en tout cas vraiment plus libre, sereine et confiante depuis que j’ai commencé mon travail avec ma psychothérapeute. Cet accompagnement me fait du bien. Alors oui, on peut ne rien dire, prétendre que tout va toujours bien. Les réseaux sociaux rendent cela très facile. Mais ce n’est le cas pour personne et, même si j’aime montrer des choses positives et inspirantes avant tout, rappeler qu’on a tous nos problèmes et nos peurs fait du bien aussi :)

  • Reply Lalou 7 septembre 2018 at 11:36

    Superbe article, qui fait du bien.

    On progresse comme on peut. Au fond, j’ai toujours aimé mon corps même si j’étais mal à l’aise de le montrer aux autres et que j’avais peur de leur regard. Jusqu’à l’âge où on rencontre la personne, celle avec qui on espère passer toute sa vie et celle surtout qui pose un regard tellement aimant sur notre corps.

    La grossesse a été magnifique, le post-partum beaucoup plus compliqué… Le ventre qui ne partait pas, alors que j’avais l’impression que tout le monde l’avait perdu rapidement autour de moi… et surtout la reprise du sport, manque de pot, un périnée encore trop fragile… 9 mois après, il faut être patient (ce qui est très difficile pour moi qui adore la pratique sportive plutôt intense).

    Merci pour tes mots (et merci pour l’article sur Berlin, ça servira pour une prochaine fois) !

    • Reply Les Jolis Mondes 20 septembre 2018 at 20:52

      Merci beaucoup pour ton retour et tes encouragements ! Je comprends ta frustration… Ton corps se remet comme il peut de cette expérience si forte que fut l’accouchement. Laisse-lui le temps, ça devrait revenir, petit à petit. Peux-tu pratiquer des sports doux, qui font travailler en profondeur ? Tu peux peut-être muscler certaines parties de ton corps sans que cela abîme ton périnée (pourquoi pas avec l’aide d’un coach sportif qui s’y connait bien). J’espère que tu vas vite retrouver ton équilibre et je te souhaite plein de courage. Tu as l’air d’avoir un compagnon aimant, c’est tellement important !

  • Reply Johanna au presque parfait 7 septembre 2018 at 17:05

    Très bel article.
    Je partage beaucoup de choses notamment que le rapport au corps des enfants. Les miens se lavent seuls, j’ai compris que c’était possible vers 2 ans (sous surveillance).
    J’ai l’héritage inverse, une maman qui m’a dit très tôt : » le secret de la minceur? il faut jamais jamais faire de régime » j’ai essayé ado, bien sûr et depuis je bénis la clairvoyance de ma maman .
    Malgré tout, c’est en avançant en âge que je me suis sentie de mieux en mieux dans mon corps, et j’aimerais vraiment que mes filles ne ratent pas ce rv avec le corps de leur adolescence. J’y travaille;)
    Ravie d’avoir découvert ton blog.

    • Reply Les Jolis Mondes 20 septembre 2018 at 20:58

      Un grand merci Johanna pour ce beau retour. C’est super que tu aies eu une maman qui refusait les régimes. Je ne crois pas qu’un régime ait jamais rendu plus heureux ou plus confiant en soi… Et c’est bien de déjà veiller à ce que. tes filles vivent leur rapport au corps avec sérénité, c’est tellement important !

  • Reply Amelie 7 septembre 2018 at 18:15

    Super article Sarah et tellement juste ! Je n’ai pas grand chose à rajouter, si ce n’est que me concernant, plus je prends de l’âge, plus je deviens tendre avec moi même. J’ai un rapport beaucoup plus cool avec mon image aujourd’hui, qu’à 20 ans. Et pourtant logiquement avec les signes de vieillesse et après une grossesse, ça ne semble pas très logique mais faut croire que comme toi, j’ai su faire les bons choix pour en arriver là. Epouser un mec bien, m’éloigner des gens cons, choisir un métier qui je m’abîme pas à l’ intérieur. C’est hyper important de bien s’entourer et de savoir ce qui nous fait vraiment du bien ou pas et de l’assumer. Il faut être un peu egoïte parfois pour être en « paix ».
    Merci pour ton article et courage pour le travail thérapeutique que tu mènes en ce moment.

    • Reply Les Jolis Mondes 20 septembre 2018 at 21:18

      Merci beaucoup Amélie ! Vieillir a quand même ses avantages :) Et je suis d’accord avec toi sur le côté égoïste. Je ne sais pas si c’est le mot que j’utiliserais mais je crois qu’il faut parfois savoir se recentrer sur soi pour mieux être disponible pour les autres, de façon saine. J’aime bien le mot « tendre » que tu utilises. C’est beau, ça, la tendresse. Des bisous !

  • Reply Marion 7 septembre 2018 at 18:21

    Je suis arrivee par ici par hasard, apres que Victoria du blog Mago&Salt l’ai partage.
    Merci. Merci de parler de tous ces tabous qui nous font mal sans que l’on sache reelement pourquoi.
    Merci de nous ouvrir les yeux sur les petites reflexions qui ne devraient jamais avoir lieu, envers les femmes, les hommes, et egalement les bouts de chou.

    Je crois que sortir de la spirale de la conquete du parfait est complique, mais en s’entourant de gens bienveillants, nous y arrivons.
    Apprenons nous a nous aimer, a inculquer les bons fondamentaux a nos enfants. Et nous vivrons tous plus heureux.

    Encore Merci.

    • Reply Les Jolis Mondes 20 septembre 2018 at 21:22

      Bonsoir Marion,
      Un immense merci pour ce joli commentaire qui me touche beaucoup.
      Je ne savais pas que Victoria avait partagé l’article ! Tu te rappelles où ? En story insta peut-être ?
      Le mot « spirale » que tu utilises me parle particulièrement. On se laisse facilement happer et sortir de ce cercle vicieux de la comparaison et de la quête du parfait peut prendre du temps… Certain.e.s n’y parviennent jamais d’ailleurs. Et cela reste un travail de tous les jours !
      A bientôt j’espère,
      Sarah

  • Reply Mellelefil 8 septembre 2018 at 09:48

    Merci pour ce bel article et ces riches pistes de réflexion. On n’en a jamais fini avec son corps, à peine accepté, il change par le temps, la vie. Ta citation de Sartre me fait réfléchir : être en enfer quand on dépend du jugement des autres. J’adore ton hymne au corps : Il nous offre tellement qu’on est peut-être trop ingrat finalement :) Merci et continue sur ta lancée !

    • Reply Les Jolis Mondes 25 septembre 2018 at 09:09

      Merci beaucoup pour ton commentaire encourageant ! C’est vrai ça, à peine notre corps accepté, il change déjà, mais je suis sûre que le vrai travail sur l’acceptation de soi se joue en profondeur et apporte une sérénité pérenne. Je pense m’en approcher maintenant, même si certains jours ou certaines périodes restent plus difficiles que d’autres. Merci encore pour ton retour et bon courage à toi, à nous, pour cette quête de l’acceptation :)

  • Reply Anna 10 septembre 2018 at 09:59

    Merci beaucoup pour ton article. Je me suis reconnue dans la 1ère partie sur ton rapport au corps et je sauvegarde cet article pour si un jour j’ai des enfants (la façon dont tu éduques avec ton conjoint ta fille est féministe et inspirante ! )

    • Reply Les Jolis Mondes 25 septembre 2018 at 09:15

      Merci Anna ! Je suis contente que la première partie de l’article t’ait parlé et que la seconde t’ait intéressée. C’est drôle que tu utilises le mot féministe parce que je suis complètement d’accord, c’est un terme que je revendique souvent, et en même temps je crois que ce qui peut se jouer dans l’acceptation du corps et le respect mutuel des apparences et des différences est bien plus large encore. Merci beaucoup en tout cas pour ce retour si encourageant !

  • Reply Céline (Maman du 21ème siècle) 12 septembre 2018 at 23:43

    Merci pour cet article plein de vérité : je ne connais pas non plus une seule femme décomplexée (même si certaines le prétendent au 1er abord). Cela faut tellement de bien d’entendre ces vérités que l’on sait mais occulte si souvent : que notre corps nous appartient, que nous devrions nous montrer plus bienveillant envers lui et reconnaissant pour ce qu’il nous apporte. On oublie l’importance d’un corps en bon santé, qui fonctionne jusqu’à ce qu’on tombe malade et qu’on se rende compte à quel point il ne demandait qu’à nous porter pour peu qu’on l’écoute davantage. Ton final plein de gratitude est juste génial !! Ça me donne envie de faire pareil ;-). Et un immense merci pour le lien vers mon blog !! Ce fut une jolie surprise de le découvrir au fil de ma lecture ! (Tu sais qu’on est complètement raccord sur la façon de considérer les corps de nos enfants).
    Je pense que ton article fera du bien à beaucoup de femmes. Donc merci encore.

    • Reply Les Jolis Mondes 25 septembre 2018 at 09:19

      MERCI Céline ! Qu’est-ce que ça booste ce genre de commentaire ! J’avais trouvé passionnant ton article, il m’avait déjà fait bien réfléchir.
      Je ne sais pas si tu t’es lancée toi aussi dans un hymne à ton corps mais c’est assez libérateur et je te conseille vraiment d’essayer si tu ne l’as pas déjà fait :)
      A bientôt, et merci encore !

  • Reply Julia 3 octobre 2018 at 09:52

    Merci pour ton article, très courageux :)

    • Reply Les Jolis Mondes 26 octobre 2018 at 12:49

      Merci beaucoup pour ton petit mot, j’avais oublié de te répondre !

  • Reply une lectrice 6 octobre 2018 at 15:29

    Un article dense…à la lecture duquel me viennent d’abord des questions (si certaines sont trop personnelles, bien que ce texte le soit, je comprendrai tout à fait qu’elles restent sans réponse): avez-vous pu continuer votre thèse? Je vois comme il est difficile de s’élever face à un système établi, de cerner à partir de quand on peut parler d’abus…alors j’espère que ce travail pourra être mené à bien car il serait cruel de perdre en plus le fruit de tant d’investissements. Par ailleurs, avez-vous pu parler de votre article avec votre famille concernant ce qui touche aux troubles alimentaires et au passé? On comprend que certaines personnes ont souffert de cette pathologie autour de vous au début de l’article: est-ce que l’exemple de votre thérapie les a aidées? Est-ce un sujet tabou?
    Je suis entièrement d’accord avec tout ce qui concerne le respect que l’on doit au corps des enfants: ce n’est pas parce qu’ils sont petits que l’on peut disposer d’eux comme de peluches (en faisant des commentaires en leur présence, leur imposant égoïstement des bisous…)De même est-il agaçant de voir des adultes se plaindre que les enfants ne sont pas « gentils » quand ils refusent ces témoignages alors que cela ne dénote pas un rejet mais une question de caractère chez certains petits qui ne sont pas « tactiles ».
    Merci d’avance pour la réponse et bonne continuation…y compris pour ce blog agréable à lire!

    • Reply Les Jolis Mondes 26 octobre 2018 at 13:02

      Bonjour,
      Tout d’abord merci pour votre commentaire et ces questions précises et pertinentes.
      En ce concerne ma thèse, j’ai réussi à changer de directeur de thèse et j’espère avoir terminé en août 2019. C’est encore difficile car mon manque de confiance en moi et en ce que je produis persiste encore mais cela va bien mieux et mon nouveau directeur est super à tous les niveaux et il a été hyper encourageant sur le chapitre qu’il a lu. Donc je m’accroche ! En revanche le dossier qu’on a monté au sein de mon ancienne université n’avance pas du tout, ce système universitaire archaïque me dégoûte vraiment. Mais on ne lâche rien et on prépare déjà les prochaines étapes…
      Concernant mon article et ma famille, c’est une bonne question, assez personnelle en effet. Je n’avais dit à personne que je préparais cet article mais plusieurs personnes de ma famille l’ont lu maintenant. Je ne dirais pas que c’est un sujet tabou et ils savaient déjà que j’avais fait deux thérapies (et pourquoi), mais je ne pense pas que quoi que ce soit que je puisse faire ou dire fasse vraiment changer les gens. Ce qui compte maintenant pour moi c’est de gérer les choses de mon côté pour ne pas trop en souffrir et pour que nos relations soient aussi saines que possibles. Je pense beaucoup à ma fille surtout, que j’aimerais protéger de tout cela.
      Merci encore pour votre commentaire et peut-être à bientôt !

  • Reply une lectrice 27 octobre 2018 at 11:00

    Merci beaucoup pour cette réponse détaillée. Même s’il n’est pas possible de forcément faire évoluer les personnes de son entourage qui souffriraient des mêmes troubles, aborder le problème de front et essayer de le dépasser est déjà courageux! La réflexion dont l’article témoigne ne peut qu’être de très bonne augure pour votre fille, en tous cas.
    Bonne nouvelle pour la thèse; il me semble d’ailleurs qu’achever ce travail dans de bonnes conditions est la meilleure réponse à donner, aussi bien pour l’estime de soi que pour montrer qu’il n’est personne qui soit indispensable, et qu’il est d’autres méthodes. J’espère que la suite de la procédure pourra aboutir, mais cela ne me surprend guère que ce soit compliqué.
    A bientôt c’est sûr…Ce blog est en effet un des premiers que je suis, et celui qui m’en a fait découvrir pas mal d’autres: les commentaires ne sont pas du tout dans mes habitudes, mais ce texte donnait envie de connaître la suite de l’histoire. Mes visites dans l’univers des jolis mondes ne sont donc pas terminées!

    • Reply Les Jolis Mondes 27 octobre 2018 at 15:28

      Merci ! A bientôt alors, et bon weekend :)

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